Ça pourrait sonner comme un slogan publicitaire… Sauf qu’on est bien loin d’envoyer des compliments à l’Afsca… à son corps défendant.

Ainsi l’Afsca s’attarde maintenant à mettre à mal un producteur de fromage de Herve, notamment sur base d’une directive européenne.
Pour avoir dirigé durant plusieurs années l’office des produits wallons et côtoyé ainsi de près les producteurs du secteur agro-alimentaire – qu’ils soient industriels ou artisanaux – je peux vous dire combien cette situation est ubuesque sous plus d’un aspect.

Une inadéquation qui ne date pas d’hier …

D’abord l’intérêt porté à la problématique. En effet, voilà des années – depuis sa création en fait- que l’Afsca lamine silencieusement la production artisanale. Alors, là, très bien, on s’émeut de cette décision ponctuelle qui touche une production emblématique, mais il est peut-être déjà trop tard. Combien de petits producteurs ont-ils déjà mis la clé sous le paillasson dans un silence assourdissant (notamment des organes sensés les défendre, voire les promouvoir) ? Combien de petits points de vente qui font la richesse d’un village, d’une bourgade, ont dû laisser leur clientèle se débrouiller avec l’hypermarché du coin ?

Si l’existence de l’Afsca est une bonne chose, si des contrôles sont nécessaires, la bonne question est « jusqu’où pousse-t-on le curseur ? » et là, c’est le législateur qui est responsable.

Des contrôles bien nécessaires …

D’abord au niveau des normes. Rappelons que des personnes sont décédées après avoir contracté la maladie de Creutzfeld-Jacobs. Pour rappel, l’encéphalite spongiforme se transmettait à l’homme qui avait consommé de la viande contaminée, en l’occurrence, pour faire court, « de la vache folle ».

Ce petit rappel pour convenir que les contrôles sont donc impératifs dans le cadre de la chaîne alimentaire, c’est indéniable. Ici, on parle de listeria.
Vous souvenez vous d’un décès récent dû à un problème d’alimentation ? Allez, réfléchissez, vous l’avez probablement lu dans les médias …il n’y a pas si longtemps…

L’influenza (la grippe) aviaire est revenue en Europe en novembre de l’année dernière, dans une exploitation élevant des canards (environ 6 000 bêtes). Deux autres foyers avaient été identifiés, à Hekendorp, dans le centre des Pays-Bas, dans un élevage plus conséquent – 150 000 têtes – de poules pondeuses, et le 4 novembre dans un élevage allemand d’environ 30 000 dindes près de la frontière polonaise. Ces deux derniers foyers étaient dus à la même souche du virus : H5N8, jusqu’à présent cantonnée en Asie. Le 17 novembre, la Commission européenne a décidé d’appliquer des mesures de restriction et de confinement dans les zones entourant les exploitations agricoles concernées.

Fin de cavale pour le premier tueur Bio

Fin 2011. Après une traque de cinq semaines les enquêteurs allemands ont enfin déniché le responsable d’une trentaine de décès : «O104: H4», l’Escherichia coli entérohémorragique . C’est en Basse-Saxe (Allemagne) que l’on découvre des lots de «graines germées» contaminées, produites dans une exploitation Bio.

Par contre, pas de trace de listeria dans les colonnes de nos journaux, contrairement à l’alcool qui a fait des morts sur telle  ou telle voie rapide… Hors alimentation, mais toujours dans le cadre de certaines habitudes de vie, et toujours parmi les sources d’accises pour l’état : le tabac. Si fumer tue – comme le dit le slogan – le tabac coûte bien plus cher à la sécurité sociale que la listeria, mais le lobby du tabac vaut se pesant de silence.

La seule espèce de listeria qui soit pathogène pour l’homme est L. monocytogenes, qui cause la listériose. Elle peut traverser la barrière intestinale (démontré en 2001 par une équipe de l’Inserm) et la barrière placentaire, pouvant alors provoquer des infections – éventuellement mortelles – du fœtus, du nouveau-né, ou des accouchements prématurés1. -Wikipedia

 

L’Afsca, créateur de disparités depuis plus de 15 ans .

En Belgique, pour un petit producteur, les coûts de contrôle sont parfois rédhibitoires et le financement même des contrôles de l’agence est, à mon sens, à revoir. Clairement, c’est la collectivité qui doit se protéger par les contrôles de l’Afsca, à elle donc d’assumer leurs coûts. Ceci afin de mettre en place une clé de financement plus juste liée au volume de production et à la facilité/difficulté d’un contrôle complet.

L’Europe, à ce sens, est assez responsable (non pas tant par rapport au Herve, puisque l’Europe a reconnu et protégé le produit et que les fromages de Herve correspondent aux normes européennes de contrôle) puisqu’elle a laissé s’établir une double disparité.
D’une part, en n’établissant pas de norme commune de contrôle suffisante – ce qui n’aurait pas pas empêché l’Afsca de mettre la barre plus haut – d’autre part, en n’établissant pas un contrôle équivalent pour les produits importés dans son grand marché.

Car, les exemples cités ci-avant en témoignent : la problématique est européenne.

Il est impossible de contrôler les produits qui pénètrent dans le grand marché européen comme ceux qui y sont fabriqués. C’est donc à une sorte de « dumping » que le consommateur participe malgré lui, car un produit avec moins de contrôles est un produit moins cher. Il est impossible de contrôler dans les pampas argentines ou brésiliennes le boeuf que l’on consommera ici. Si chez nous on demanderait presque aux éleveurs d’avoir des boeufs à trois oreilles pour y placer trois boucles de contrôle, rien de tout cela là-bas. Même impossibilité de contrôle pour les poulets produits en Chine.

La problématique de l’étiquetage et de la publicité est, elle aussi en cause ! Je me souviens d’avoir vu chez un hard discounter des haricots verts égyptiens et des kiwis de Nouvelle Zélande « frais du jour » ! Si c’était le cas (merci au transport supersonique), quand avait eu lieu le contrôle ?

des haricots egyptiens et des kiwi de nouvelle zélande frais du jour

Des Haricots Egyptiens frais du jour

A un autre niveau, la Belgique a mis en place l’Afsca, comme on, l’a dit ici et ailleurs, il est impératif qu’un contrôle régulier des différents acteurs d’une filière d’alimentation soient contrôlés. Mais la vraie question est : jusqu’où ?

On vient de le voir, les contrôles de produits provenant de pays hors Union européenne sont pour le moins difficiles à mettre en oeuvre. Mais des pays voisins ont des normes bien en deçà de celles imposées par l’Afsca. Avec le Herve, l’Afsca impose une tolérance zéro, au-delà des normes imposées par l’Europe ! Pourquoi cet extrémisme aveugle et destructeur ?

En France et en Italie, pays où le produit de terroir est à la fois atout touristique, outil d’identification et patrimoine, pas question d’avoir des normes aussi drastiques que celles imposées en Belgique. Ce serait réserver la production alimentaire à des fabrications industrielles aseptisées en gommant tout travail artisanal.

C’est tout le contraire qui se passe dans ces pays où le fromage, l’andouillette et autres productions artisanales  du cru sont promues, valorisées et défendues par les autorités à quelque niveau que ce soit.

C’est qu’elles ont compris non seulement la valeur et l’usage qui pouvait être fait de ces productions en matière d’identité, mais aussi – et ce n’est pas là le plus accessoire – que des productions locales artisanales avaient un ancrage fort peu sujet à la délocalisation.

Certains ne l’ont visiblement pas encore compris.

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