EVS : s’endormir ou se réinventer.

Le fleuron liégeois de la technologie audio-visuelle a entamé une glissade sur une pente savonneuse. Les derniers chiffres qui la concernent semble bien plus rouge orange que vert. C’est que le marché de l’audiovisuel est en mutation avec des visions qui ne sont pas opposées mais qui se regardent en chiens de faïence : d’un côté, la télévision « classique » qui développe aussi son contenu pour la diffusion par le net (que ce soit en VOD ou en streaming), de l’autre, les « quasi pure players » connectés. On notera au passage que les investisseurs on récemment marqué leur baisse d’enthousiasme à l’égard du porte drapeau de cette vision « connectée pure » qu’est Netflix.

S’il y a bien une entreprise qui peut démontrer que la technologie influence le contenu et la manière dont on le fabrique, c’est pourtant bien EVS. C’est là le grand paradoxe. Souvenez-vous, quand les premiers bouquets sportifs sont arrivés, voire même quand Canal+ pénétrait le marché avec son produit d’appel : le football. C’est l’époque où les captations d’événements sportifs étaient particulièrement « léchées », soignées, avec des images mitonnées aux petits oignons grâce … à la technologie d’EVS.

Le parc machine des opérateurs audiovisuels s’enrichissait alors des produits de la firme liégeoise et les images s’enrichissaient de ce savoir faire.

Mais voilà, le marché n’est pas extensible et, dans le doute, les groupes de télévisions « gèlent » les investissement ou les retardent. Résultat : une chute de 40 % du titre en bourse en un an et un carnet de commande (hors location événement ponctuel de type Coupe du Monde) qui fond de près de 30 %.

EVS est-il un oiseau pour le chat ?

Je lisais récemment un vieux trends-tendances consacré à Pierre De Muelenaere, le créateur d’Iris, Président du C.A. d’EVS et CEO ad interim depuis le départ de Muriel de Lathouwer. On y décrivait alors un homme curieux de tout et se nourrissant de cette curiosité.

C’est peut-être la clé d’un rebond salvateur. Car EVS connaît clairement une décroissance structurelle, due à un marché qui a évolué plus que son offre.

Si aujourd’hui on pressent un basculement du produit audiovisuel, de la manière dont il est consommé et donc, de la manière dont il va être produit, on est dans le même schéma que lors … de la création d’EVS.

Internet , le salut d’EVS ?

Car la vidéo étant plus connectée, la télévision l’étant aussi, on va pouvoir voir éclore la télévision interactive. Certes, aujourd’hui, des solutions comme celles de Wirewax, par exemple sont encore anecdotiques. Mais, si on s’y arrête un peu, les tendances visuelles des vecteurs connectés, comme pour Instagram, qui vient de lancer Instagram TV pour concurrencer YouTube, montre que l’on se dirige vers un nouveau schéma économique autour du contenu audiovisuel, en voici quelques points.

on consommera ce que l’on voudra, quand on voudra, où l’on voudra.

Netflix a montré la voie, mais les tous récents Emmy Award ont consacré la production connectée. Amazon fait son apparition dans la vente de contenu. Netflix, Amazon, la tendance lourde de la production et de la distribution par le internet de contenu audiovisuel va chambouler la logique économique de la télé d’hier.
Et, sans attendre « si loin », il suffit de regarder nos ados consommer du YouTube pour se rendre compte que la diffusion « linéaire » vit ses dernières années.

c) les dépenses publicitaires vont être « localisées » là où le client va cliquer.

Revenons à Instagram qui a inséré des liens cliquables vers des infos produits/prix dans « ses » photographies ou, plus généralement à Facebook qui concentre dans ses pages du contenu venu de partout mais qui propose plus de proximité d’avec l’acte d’achat que n’importe quel producteur de contenu. La monétisation se trouvera de plus en plus là où se fera le clic d’achat. Il serait quand même paradoxal que la « pierre angulaire « d’un foyer qu’est devenue la télévision reste en marge de ce phénomène !

WireWax : contenu visuel cliquable

Le contenu télévisuel cliquable est donc, à mon sens, une planche de salut pour le monde actuel de la télévision « classique » … EVS pourrait emprunter la même planche, voire initier le mouvement.